Ateliers de montage à tire-larigot : fuite en avant du gouvernement pour faire croire qu’il réindustrialise le pays

samedi 27 février 2016
par  Alger républicain

Face à la crise qui s’annonce suite à la chute des prix des hydrocarbures, mais une crise qui ne sera en réalité que le produit de l’ivresse du régime pour le tout-import, depuis plus de 20 ans, quelques ministres sont chargés de nous faire croire qu’ils s’attellent à la conjurer. Prétendant trouver des issues à l’impasse actuelle, ils se livrent à une surenchère sans précédent dans la recherche de soi-disant voies alternatives devenues un leitmotiv justifiant tous les dépassements.

Ils préconisent leurs « solutions » dans une euphorie contrastant avec la détresse qui s’abat sur les masses laborieuses et les couches populaires démunies, comme une bâche poisseuse et qui s’épaissit avec le temps qui passe. Des solutions qui conduiront le pays inévitablement vers une situation sans issue. Pour la relance de la production industrielle ils ont annoncé plusieurs projets en partenariat avec des opérateurs étrangers. Leurs projets magiques consistent à promouvoir le montage de véhicules touristiques et industriels, la production des articles de l’électroménager, la fabrication de tubes en acier pour l’hydraulique et les hydrocarbures, bref des projets qui ne s’intègrent dans aucune planification en rapport avec les besoins réels du pays et de ses capacités d’exportation. Ces projets ne valoriseront aucune richesse du pays. En dehors de la main d’œuvre et de l’énergie, tout sera importé et payé en devises. Les opérations de production qui seront intégrées dans le cadre de ces projets ne déboucheront sur aucun transfert du savoir technique ni technologique. Ils n’apporteront aucun bénéfice pour l’économie nationale. Ils vont au contraire mettre en difficulté plusieurs usines qui fabriquent déjà les mêmes produits.

Les seuls bénéficiaires en seront les patrons privés qui achètent des usines comme on fait ses emplettes au marché des fruits et légumes. L’exemple, rapporté par TSA, du groupe Hasnaoui qui se dit industriel est édifiant. Malheureusement il n’est pas isolé. Celui-ci annonce qu’il va réaliser dans un laps de temps de trois années, des investissements dans trois secteurs industriels sans liens entre eux, l’automobile, l’électroménager et le médicament, où la concurrence est des plus féroces sur les marchés, dont 125 millions de dollars uniquement dans le médicament. Ailleurs, lorsqu’on investit 125 millions de dollars dans un secteur industriel c’est qu’on a au moins un demi-siècle de pratique, de maitrise scientifique et de savoir-faire technique avérés. Avec 125 million de dollars on peut réaliser trois grandes fonderies produisant 40.000 tonnes de fonte chacune pour la fabrication de toutes sortes de pièces mécaniques. Comment peut-il prétendre intégrer la production de 14 composants pour la fabrication de véhicules alors qu’il envisage de n’en produire au total que 24.000 en trois modèles de marque Nissan ? Il faut savoir que la sous-traitance dans la fabrication de pièces obéit à un processus d’homologation basé sur des critères techniques et économique et parfois esthétiques, lesquels sont d’une exigence sans faille dans le secteur automobile. Le volume des commandes se chiffre par centaines de milliers si ce n’est par millions. De plus les donneurs d’ordre dans ce secteur sélectionnent leurs partenaires selon d’autres critères, chacun selon ses objectifs, qui ne convergent pas systématiquement avec ceux de leurs partenaires qu’ils mettent toujours sous tension. L’un de ces critères est la synchronisation des livraisons avec la cadence de montage des véhicules chez les fabricants.

Ceci n’est pas pour dire que nous serions incapables en Algérie de satisfaire à de telles exigences. Au contraire, notre potentiel industriel existant nous permet de faire bien plus. Il existe en Algérie des potentialités matérielles et humaines qui nous permettent de réhabiliter et de développer notre outil de production sans faire appel à une quelconque assistance étrangère. Le blocage réside dans la mise en œuvre de ces potentialités, le pouvoir actuel étant motivé par d’autres intérêts que celui de développer le pays dans le sens du progrès social au profit des larges masses. On a l’impression d’assister à la ruée d’une poignée de prédateurs pour dilapider les richesses du pays, son avenir étant le dernier de leur souci. C’est la raison pour laquelle une grande partie des projets réalisés dans ce cadre ne vivra malheureusement que le temps d’un feu de paille. Rien dans la politique économique du gouvernement ne leur garantit la pérennité. Au contraire tout est fait pour les étouffer dès qu’ils auront vu le jour. La domination de l’économie par le marché parallèle avec la bénédiction du pouvoir politique, l’absence d’une véritable stratégie économique basée sur une industrie industrialisante, montrent clairement que le pouvoir politique fonctionne sans repère. Il n’en cherche même pas.

La recherche d’une alternative aux hydrocarbures ne peut être que le fruit de notre propre ambition alliée à une démarche stratégique rigoureuse, scientifiquement élaborée, dont l’objectif est l’amélioration du niveau de vie des larges masses populaires et la souveraineté économique. Tout le reste n’est que spéculation.

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T. Gh.

27.02.16


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