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Émeutes de l’électricité à Bachdjarah aux portes d’Alger

vendredi 17 août 2012

Les habitants de ce quartier populaire de la capitale ont dû recourir à l’émeute pour que le courant électrique soit rétabli.

Et ça disjoncte à Bachdjarah...! Dimanche dernier, à trente minutes de la rupture du jeûne, cette commune (quartier populaire d’Alger) a basculé dans une violente protestation. Une centaine de jeunes ont investi la rue.

Pour cause, depuis samedi à minuit, des quartiers entiers ont rejoint la rive des « non - électrifiés ». La moitié de la ville est restée sans eau ni électricité depuis cette date fatidique ! Cette situation conjuguée à la canicule et au Ramadhan a poussé ces jeunes à la révolte ! Ils sont descendus au niveau du boulevard principal de la ville (Tennis-Club) pour dénoncer cette situation.

En quelques minutes, la route a été barrée en plusieurs endroits par les jeunes en furie ! Pneus brûlés, troncs d’arbres, morceaux de ferraille et pierres et autres objets hétéroclites ont été utilisés pour fermer la voie publique.

Ces jeunes ont de ce fait rompu, non pas le jeûne, mais la soumission aux autorités et à leur indifférence. « 48 h sans électricité ni eau vous vous rendez compte », peste un jeune, visage couvert d’un bout de tissu. « C’est inhumain de nous laisser comme cela en plein mois de Ramadhan », ajoute-t-il. « Ils veulent nous pousser à la révolte ou quoi ? » s’interroge un autre jeune qui venait de brûler un pneu.

« Toutes nos provisions alimentaires sont passées à la poubelle », dénonce de son côté un père de famille qui était descendu pour apporter son soutien aux jeunes de son quartier. « Je suis contre la violence et de ce fait je ne tolère pas les émeutes. Mais que voulez-vous, c’est le seul langage que comprennent les autorités », explique-t-il. « Leur indifférence nous pousse à la révolte », poursuit-il. « C’est simplement un déni.

Après maintes réclamations auprès de la Sonelgaz, ils nous ont informés que cette coupure est causée par une panne et que son rétablissement n’interviendra que dans 3 à 7 jours, chose que nous n’accepterons jamais en ces temps de canicule ramadhanesque », crie un autre homme qui a tenu à dénoncer le calvaire dans lequel ils étaient plongés depuis deux jours.

Les émeutes de l’électricité sont donc bel et bien aux portes de la capitale. Après le quartier La Montagne, c’est au tour de Bachdjarah de se soulever. Ils sont tous unanimes : « C’est de la pure hogra, c’est de la provocation. » Durant tout ce temps, la tension monte d’un cran sous le regard à la fois impuissant et stratégique, des dizaines de policiers dépêchés sur les lieux.

Les policiers sont déployés mais ne sont pas intervenus. C’est le même constat fait durant pratiquement toutes les émeutes de « l’électricité ». Il semblerait qu’ils aient reçu des instructions pour laisser faire et ne pas envenimer la situation durant le Ramadhan. Il est 19h45, l’appel du muezzin retentit. C’est l’heure de l’Iftar. La foule de jeunes en furie décide de rentrer le temps de rompre le jeûne. Mais quelques cuillerées de Chorba avalées, à la lueur d’une bougie, et rebelote. Le courant n’était toujours pas rétabli !

La colère des jeunes, remonte d’un cran. Ils sont aussitôt ressortis pour « tout brûler », fait savoir un jeune émeutier rencontré sur place. « Nous ne bougerons pas d’ici tant que nous ne verrons pas nos foyers éclairés », atteste cette jeunesse qui a basculé dans la violence à cause de l’électricité. « Si délestage y aura, qu’ils délestent dans les quartiers chics de la capitale. Eux n’ont pas été inquiétés », rétorquent-ils.

Finalement, après deux heures de protestation, une lueur vient enfin illuminer la dure journée de ces jeunes. L’électricité est de retour dans pratiquement tous les quartiers de la commune. Les quelques quartiers qui restent seront « reconnectés » le lendemain (hier) vers dix heures du matin. « Vous voyez, ils ont dit qu’ils ne pouvaient pas réparer avant 3 à 7 jours. Mais comme par magie, on sort dans la rue, le courant électrique revient », atteste un jeune heureux que l’électricité soit enfin de retour. « On vous a dit que la violence était le seul langage que comprennent les autorités », conclut-il avec un clin d’œil. Voilà donc qu’après avoir touché plusieurs régions du pays, les émeutes de l’électricité se rapprochent de la capitale …


L’opinion de la rédaction d’Alger républicain

Il est indéniable que la consommation d’électricité augmente d’année en année de façon importante est que la production ne suit pas.

Ce décalage est la conséquence de l’absence d’une politique d’investissements dans le secteur public durant toute la période où Khelil, l’homme-paille des multinationales et des USA a régenté le secteur avec la complicité de tout le régime. Même après son départ, le mécontentement populaire dû à ces conséquences n’est pas pris au sérieux. Quand il y a pic de la demande la Sonelgaz procède au délestage. Ce sont les zones populaires qui sont pénalisées.

En fait l’absence d’investissements est le résultat d’une politique de pourrissement à objectif précis : justifier la privatisation du secteur et l’entrée des multinationales qui s’empresseront évidemment de réviser à la hausse la tarification de l’électricité. Déjà Sonelgaz croule sous le poids de la dette financière contractée pour réaliser des investissements à la hâte. Au lieu que l’État mette de l’argent à sa disposition il la pousse à s’endetter à des taux d’intérêt élevés.

Les responsables de Sonelgaz se mettent ensuite à revendiquer la hausse du tarif. La vraie solution consiste à taxer fortement les tranches de surconsommation d’électricité par les couches sociales aisées, pour combattre le gaspillage de ces catégories et à injecter de l’argent dans Sonelgaz à travers les concours budgétaires de l’État.

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Alger républicain

16.08.12