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Entreprises confisquées : les travailleurs paient le prix de la corruption

jeudi 25 décembre 2025, par Alger republicain

Une réalité mérite d’être rappelée avec force : les travailleurs concernés ne sont ni responsables de la corruption de leurs patrons ni bénéficiaires des détournements qui ont conduit à la mise à l’arrêt de leurs entreprises. Ils en sont, au contraire, les premières victimes.

Le décret exécutif N° 25-312 du 1er décembre 2025, relatif à la prise en charge des travailleurs des entreprises économiques confisquées dans des affaires de corruption, est présenté comme une réponse sociale à une situation humaine devenue critique. Il intervient après l’effondrement d’entreprises vidées par des pratiques de prédation, issues de la collusion entre argent, pouvoir et gestion opaque.
Présenté comme une réponse sociale aux conséquences des saisies opérées par l’État sur des entreprises économiques ayant fait l’objet de décisions judiciaires définitives ordonnant la confiscation des biens d’ex-oligarques impliqués dans des affaires de corruption, le décret exécutif n° 25-312 laisse pourtant entière la question des entreprises confisquées. En se limitant à l’accompagnement des licenciements, le texte entérine la perte d’emplois et l’abandon de l’outil productif, au détriment des travailleurs et de l’économie nationale.
Au-delà de la détresse de milliers de salariés, le texte souligne surtout les limites d’une politique sociale qui se contente de gérer les effets sans s’attaquer aux causes profondes de la crise.
Or, le décret entérine la disparition de milliers d’emplois productifs, sans que la question du maintien de l’activité économique ne soit réellement abordée, comme cela a été fait pour d’autres entreprises confisquées aux ex-oligarques.
La retraite anticipée, l’assurance chômage ou l’indemnité de licenciement relèvent davantage d’une gestion sociale du chômage que d’une véritable politique de protection du travail. Ces mécanismes organisent la sortie des salariés du processus productif, au lieu de garantir leur droit à l’emploi.
En plafonnant l’indemnité de licenciement entre le SNMG et trois fois ce montant, l’État reconnaît implicitement la fragilité de la protection accordée. Dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie et l’érosion du pouvoir d’achat, cette compensation reste très insuffisante pour assurer une sécurité sociale réelle aux travailleurs licenciés.
Surtout, le décret laisse entière une question centrale : pourquoi ces entreprises confisquées, au lieu d’être relancées et intégrées dans l’économie nationale, sont-elles vouées à l’arrêt ou au démantèlement ?
La lutte contre la corruption ne saurait se traduire par la perte sèche d’outils de production et de savoir-faire accumulés.
La corruption ne peut être réduite à des dérives individuelles. Elle s’inscrit dans un modèle économique fondé sur la rente, la concentration des richesses et la fragilisation du tissu productif. Lorsque ce modèle s’effondre, ce sont les travailleurs qui en paient le prix, tandis que les réponses publiques se limitent à amortir le choc social.
En se cantonnant à des mesures d’accompagnement, le décret évite d’ouvrir le débat sur la relance des entreprises sous contrôle public, la participation des travailleurs à la gestion et la nécessité de réorienter l’économie vers la production et l’emploi.
Reconnaître que les travailleurs sont victimes ne suffit pas. La justice sociale ne peut se limiter à des indemnisations minimales ou à des dispositifs transitoires. Elle suppose des choix économiques clairs en faveur du travail, de la production nationale et de la souveraineté économique.
C’est sur ce terrain, celui du droit au travail et de la défense de l’outil productif que doivent s’inscrire les réponses sociales, si l’on veut éviter que la lutte contre la corruption ne se traduise, une fois de plus, par un recul social payé par le monde du travail.
MEHDI RAH