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Henri Alleg après 1965 : l’exil, le PAGS et le combat internationaliste ( 3eme partie)
dimanche 26 juillet 2026, par
Le départ d’Algérie en 1965 ne marque pas une rupture dans le parcours de Henri Alleg. Loin de signifier un retrait de la vie militante, cette nouvelle étape ouvre une période durant laquelle il poursuit son engagement sur un autre terrain, avec la même détermination qu’au temps de la lutte anticoloniale.
Le coup d’État du 19 juin 1965, qui renverse le président Ahmed Ben Bella, ouvre une nouvelle période politique en Algérie. Les organisations progressistes sont durement touchées par la répression. Parmi elles figurent les communistes algériens, tandis qu’Alger républicain, qui avait repris sa publication après l’indépendance en défendant une orientation sociale et populaire, est de nouveau suspendu. Les militants sont poursuivis, emprisonnés ou contraints à la clandestinité. Dans ce contexte, la direction du Parti communiste algérien demande à Henri Alleg de rejoindre la France afin d’assumer des responsabilités à l’extérieur du pays.
Cette décision n’est pas celle d’un homme cherchant à se protéger. Henri Alleg quitte l’Algérie pour accomplir une mission politique précise : maintenir les liens avec le mouvement communiste international, informer les forces progressistes dans le monde sur la situation algérienne, défendre les militants victimes de la répression et organiser la solidarité internationale. Il accepte cette tâche comme un nouveau poste de combat, convaincu que la lutte des peuples ne s’arrête pas aux frontières et que la solidarité entre travailleurs et militants progressistes constitue une nécessité permanente.
Installé en France, il reste profondément attaché à l’Algérie, pays auquel il a consacré une grande partie de sa vie. Il participe activement au travail politique auprès des travailleurs algériens immigrés, nombreux à vivre dans des conditions sociales difficiles. Il contribue également à faire connaître auprès des organisations progressistes étrangères la réalité de la situation politique algérienne et la répression qui frappe les militants communistes.
Durant cette période, il participe à l’organisation du travail extérieur du mouvement communiste algérien, qui donnera naissance au Parti de l’avant-garde socialiste (PAGS). Il contribue à faire connaître les positions de cette organisation à l’étranger et à maintenir des relations suivies avec les forces progressistes internationales. Malgré l’éloignement physique de son pays d’adoption, Henri Alleg suit avec attention les débats qui traversent la société algérienne et demeure convaincu que l’indépendance nationale devait ouvrir la voie à une véritable transformation sociale.
Quelques années après son arrivée en France, et avec l’accord de ses camarades algériens, Henri Alleg rejoint la rédaction de L’Humanité, où il met son expérience de journaliste au service de l’information et de l’analyse politique. Son activité reste profondément marquée par la question algérienne. Il continue à faire connaître les réalités du pays, à défendre les aspirations populaires, à dénoncer les injustices et à rappeler les responsabilités du système colonial dans les violences de la guerre d’indépendance. Mais il intervient également sur les grands débats internationaux, soutenant les luttes contre l’impérialisme, les combats des peuples dominés et les mouvements de libération à travers le monde.
Henri Alleg ne se contente jamais de suivre les orientations officielles sans réflexion. Son engagement repose sur une conception exigeante du militantisme : défendre des principes, analyser les contradictions et rester fidèle aux intérêts des travailleurs. Cette indépendance d’esprit apparaît notamment dans ses prises de position concernant l’Algérie. Tout en reconnaissant les réalisations sociales, les politiques de développement et les choix anti-impérialistes du régime de Houari Boumediene, il refuse de fermer les yeux sur les contradictions du système et sur la répression dont sont victimes les communistes et les forces progressistes.
Pour lui, la solidarité avec un pays ne signifie jamais renoncer à l’esprit critique. Défendre l’Algérie contre les pressions impérialistes ne pouvait empêcher de dénoncer les atteintes aux libertés, les arrestations de militants et les injustices commises à l’intérieur même du pays.
Cette exigence de vérité accompagne également son travail d’écrivain. Henri Alleg consacre une partie importante de son activité à transmettre la mémoire des luttes auxquelles il a participé. Ses ouvrages reviennent sur le colonialisme, la guerre d’Algérie, les mécanismes de domination et les grands bouleversements du monde contemporain. Il combat constamment les tentatives de réhabilitation du colonialisme ou les discours présentant la colonisation comme une œuvre positive. À ses yeux, reconnaître les violences coloniales n’est ni un esprit de revanche ni une démarche idéologique, mais une exigence de vérité historique indispensable à la compréhension du passé.
Parmi ses préoccupations majeures figure également la nécessité de transmettre cette mémoire aux jeunes générations. Lors de nombreuses conférences, rencontres et interventions publiques, il explique que connaître l’histoire de la colonisation permet aussi de comprendre les rapports de domination qui continuent d’exister dans le monde contemporain et d’empêcher que les mêmes mécanismes d’oppression ne se reproduisent.
Henri Alleg s’intéresse aussi aux transformations du mouvement socialiste après la victoire de la contre révolution en Union soviétique. Alors que beaucoup présentent cet événement comme la preuve définitive de l’échec de toute idée de transformation sociale, il refuse de considérer que l’histoire est achevée. Il cherche au contraire à comprendre les causes des échecs et des évolutions du mouvement communiste, en distinguant les idéaux socialistes des erreurs et des dérives historiques.
Son ouvrage Le Grand Bond en arrière témoigne de cette volonté d’analyser les conséquences économiques et sociales du retour du capitalisme dans les anciens pays socialistes. Il y dénonce ce qu’il considère comme une nouvelle domination des intérêts financiers et rappelle que les difficultés rencontrées par une expérience historique ne peuvent effacer les aspirations des peuples à davantage de justice sociale et d’égalité.
Henri Alleg poursuit également son engagement internationaliste en soutenant des militants et des personnalités victimes de répression dans différents pays. Il participe notamment aux campagnes de solidarité avec les anciens dirigeants de la République démocratique allemande poursuivis après la réunification allemande, ainsi qu’avec d’autres militants engagés dans des combats politiques et sociaux. Pour lui, la défense des droits des peuples ne pouvait dépendre des frontières ni des intérêts des grandes puissances. La liberté d’un peuple demeure inséparable de celle des autres peuples.
Même âgé, Henri Alleg continue à rencontrer des étudiants, des lecteurs, des journalistes et de jeunes militants. Il témoigne de son expérience, raconte l’histoire de la colonisation, de la guerre d’indépendance et des combats menés par toute une génération contre l’injustice. Jusqu’à la fin de sa vie, il reste fidèle aux causes qu’il avait choisies dans sa jeunesse : la lutte contre l’exploitation, la défense des peuples dominés, la solidarité internationale et la recherche d’une société plus juste.
Henri Alleg disparaît en juillet 2013, laissant derrière lui l’image d’un homme fidèle à ses convictions, mais aussi celle d’un militant d’une grande simplicité, toujours disponible pour transmettre son expérience et dialoguer avec les nouvelles générations.
Son nom reste lié à l’histoire de l’Algérie contemporaine, à celle d’Alger républicain, des combats pour la dignité, la justice sociale et la liberté, ainsi qu’à l’exigence constante de défendre la vérité, de donner la parole aux opprimés et de ne jamais accepter l’injustice comme une fatalité. Henri Alleg n’était pas Algérien de naissance. Il le fut par son engagement, par ses combats et par le lien profond qu’il conserva toute sa vie avec le peuple algérien. Cette fidélité explique la place particulière qu’il occupe encore aujourd’hui dans la mémoire de celles et ceux qui continuent à lutter pour la liberté, la justice et l’émancipation des peuples.
Collectif Alger républicain
Alger républicain