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Henri Alleg : la contre-révolution n’a pas mis fin à l’histoire (4eme partie)

mercredi 29 juillet 2026, par Alger republicain

À la fin du XX siècle, Henri Alleg est confronté à l’un des plus grands bouleversements de son époque : la victoire de la contre-révolution qui conduit au renversement du pouvoir ouvrier, à la dissolution de l’Union soviétique et à la restauration du capitalisme dans les pays socialistes d’Europe de l’Est. Après avoir consacré sa vie à la lutte contre le colonialisme, l’impérialisme et l’exploitation capitaliste, il voit s’ouvrir une nouvelle période marquée par un profond recul du mouvement communiste international.
Pour de nombreux militants, ces événements apparaissent comme la preuve de l’échec définitif du socialisme. Les idéologues de la bourgeoisie proclament la « fin de l’histoire », célèbrent la prétendue victoire irréversible du capitalisme et présentent les lois du marché comme l’horizon indépassable de l’humanité. Une partie de la gauche abandonne alors toute perspective révolutionnaire et se rallie aux politiques d’accompagnement du système capitaliste.
Henri Alleg refuse catégoriquement cette interprétation. Il considère que la victoire de la contre-révolution ne constitue pas une réfutation scientifique du socialisme, mais un revers historique dont les causes doivent être étudiées avec rigueur. Pour lui, les idéaux qui avaient animé des générations de travailleurs, de résistants et de militants communistes dans leur combat contre l’exploitation ne sauraient être discrédités par une défaite historique. Les besoins sociaux qui ont donné naissance au mouvement ouvrier demeurent. Tant que subsistent l’exploitation de l’homme par l’homme, les crises du capitalisme, les inégalités sociales et les guerres impérialistes, la nécessité historique d’une transformation révolutionnaire de la société conserve toute son actualité.
Dans cette démarche, Henri Alleg distingue les principes du socialisme scientifique des erreurs, des insuffisances et des déviations opportunistes qui ont contribué à affaiblir la construction socialiste. Il refuse d’identifier le socialisme à ses difficultés historiques et estime que seule une analyse marxiste des contradictions internes et des pressions exercées par l’impérialisme permet de comprendre les causes de la victoire temporaire de la contre-révolution.
Alors que la propagande dominante présente la restauration capitaliste comme un progrès, Henri Alleg souligne que celle-ci entraîne rapidement le démantèlement des conquêtes sociales, la liquidation de la propriété sociale des principaux moyens de production, le développement du chômage, l’aggravation des inégalités et la concentration des richesses entre les mains d’une nouvelle oligarchie. Pour lui, les faits démentent les promesses formulées au nom du marché.
Ses voyages en Russie après la dissolution de l’Union soviétique renforcent cette conviction. Il y observe les conséquences concrètes de la restauration des rapports de production capitalistes : privatisations massives, effondrement de nombreux services publics, recul des droits sociaux, appauvrissement de larges couches populaires et enrichissement rapide d’une minorité issue des nouvelles classes possédantes.
Ces observations nourrissent son ouvrage Le Grand Bond en arrière. Henri Alleg y analyse la contre-révolution non comme un phénomène inévitable, mais comme le résultat de processus économiques, politiques et idéologiques complexes ayant conduit à l’abandon progressif des principes fondamentaux de la construction socialiste. Son objectif n’est pas seulement de dresser un constat. Il entend tirer les leçons de cette expérience afin que les nouvelles générations de communistes puissent poursuivre la lutte avec une compréhension plus approfondie des contradictions de la période.
Cette réflexion s’accompagne d’un combat permanent pour la défense de la mémoire historique. Henri Alleg considère que les réalisations du socialisme, les luttes du mouvement ouvrier international, les combats de libération nationale et les conquêtes arrachées par les peuples ne doivent pas être effacés par la propagande anticommuniste. La falsification de l’histoire constitue, selon lui, une arme essentielle des classes dominantes pour désarmer idéologiquement les travailleurs et faire oublier que les peuples ont déjà démontré leur capacité à construire une société fondée sur d’autres rapports sociaux.
C’est dans cet esprit qu’il multiplie les rencontres, les conférences et les échanges avec les jeunes militants. Il revient sur la guerre de Libération nationale algérienne, sur la lutte contre le colonialisme français, sur la torture, sur l’internationalisme prolétarien et sur les combats du mouvement communiste. Il ne cherche pas à entretenir une mémoire nostalgique, mais à transmettre les enseignements de l’histoire des luttes révolutionnaires.
Son internationalisme reste indissociable de son analyse de l’impérialisme contemporain. Après la disparition de l’Union soviétique, Henri Alleg considère que le nouvel équilibre mondial favorise une offensive accrue des grandes puissances impérialistes. Il dénonce les guerres d’agression, les interventions militaires et les politiques d’ingérence présentées sous le couvert de la démocratie, des droits humains ou de la lutte contre le terrorisme, mais qui visent avant tout à défendre les intérêts économiques, stratégiques et géopolitiques des grands groupes monopolistes.
Jusqu’à la fin de sa vie, Henri Alleg demeure fidèle à la solidarité internationaliste. Il apporte son soutien aux peuples victimes de l’occupation, de la domination impérialiste et de la répression, convaincu que la lutte des travailleurs et des peuples contre l’exploitation constitue un combat commun dépassant les frontières nationales.
L’ancien directeur d’Alger républicain, le survivant de la torture coloniale, l’auteur de La Question et le militant communiste reste convaincu que le développement historique ne suit jamais une trajectoire linéaire. Les victoires de la contre-révolution ne sauraient abolir les contradictions fondamentales du capitalisme ni supprimer les conditions objectives qui rendent nécessaire son dépassement historique.
Jusqu’à son dernier souffle, Henri Alleg demeure un militant de la cause socialiste. Son parcours témoigne de sa fidélité au marxisme, à l’internationalisme prolétarien et à la conviction que la lutte pour l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme demeure une nécessité historique. Pour lui, les revers subis par le mouvement communiste ne marquent pas la fin du combat ; ils imposent au contraire d’en approfondir les enseignements afin de préparer les conditions des futures victoires des peuples et de la classe ouvrière.

Collectif Alger républicain