Khelil satisfait.

jeudi 13 mai 2010
par  Alger républicain

Tous les experts préviennent que nos ressources hydrocarbures vont bientôt s’épuiser en l’absence de nouvelles découvertes et au rythme actuel des exportations mais nos dirigeants n’en ont cure.

M. Khelil est satisfait. Il pavoise devant le tableau de son bilan « personnel ». La production annuelle de pétrole a atteint 1,4 million de tonnes alors qu’elle n’était que de 900 000 tonnes en 1999.

Il se garde bien de fournir des précisions sur la part qui revient aux sociétés étrangères opérant en association avec Sonatrach.

Mais là n’est pas la grande question. Pourquoi chercher à augmenter la production pétrolière si les revenus rapportés par leur exportation ne serviront qu’à gonfler les dépôts de l’État algérien dans les banques étrangères ? Les montants que notre gouvernement désigne sous la rubrique « réserves de change » ont atteint le chiffre fantastique de 145 milliards de dollars. Ce sont pour l’essentiel les USA qui en tirent profit. Placées en bons du Trésor US ces sommes ramènent un taux d’intérêt ridicule de 2% ou même moins. L’inflation mondiale provoquée par la planche à billets américaine transforme ce taux en pertes sèches pour l’Algérie.

Cet argent aurait pu servir à relancer l’industrialisation selon un plan démocratiquement élaboré. La production nationale aurait peu à peu remplacé les importations pour un large éventail de biens. Cela suppose la reconstitution d’un vaste secteur public, seul capable de par sa nature à s’aventurer dans des projets structurants à faible rentabilité immédiate. Mais les classes qui nous gouvernent et les porte-parole d’un patronat, tout juste bon à réclamer la « protection de la production nationale » - la sienne s’entend- pour refiler au bon peuple sa camelote à un prix de monopole, préfèrent la fuite en avant dans l’importation plutôt que de s’engager sur une voie contraire à leurs intérêts de classe bornés. L’hémorragie des « pétrodollars » va donc se poursuivre au seul bénéfice des couches de privilégiées, tant qu’un autre rapport des forces n’aura pas été créé.

Les experts en économie des hydrocarbures continueront à sonner l’alarme, mais il y a peu de chances que nos gouvernants se décident à les écouter. Nicolas Sarkis, le directeur du Centre d’études pétrolières et de la revue Pétrole et Gaz Arabes, nous prévient déjà que si les exportations se poursuivent à ce rythme absurde et vu le très bas niveau actuel des réserves de pétrole prouvées, l’Algérie va devenir dans une quinzaine d’années un pays importateur de pétrole ! « Importateur » ? C’est une façon optimiste de voir l’avenir. Avec quoi payerons-nous le pétrole qui sera importé ? Même Mourad Preure qui s’était rangé en 2005 dans le camp des partisans de la dénationalisation des hydrocarbures, s’est rendu à l’évidence que le niveau de la production des hydrocarbures doit être déterminé par l’intérêt national et les impératifs de sécurité énergétique. Il convient lui aussi, ce que nous n’avons cessé d’écrire dans Alger républicain, que ce niveau est trop élevé par rapport aux besoins financiers réels du pays.

Ces questions ne semblent pas inquiéter les responsables des hydrocarbures. Ils décident de lancer le pays dans un vaste programme d’exportation de gaz et de pétrole sans consulter les citoyens, pas même les « députés » du pouvoir. Le Conseil national de l’Énergie n’a pas été réuni depuis l’époque de Zeroual pour lui exposer ces projets, en violation flagrante de leur propre légalité.
Bien entendu de nouvelles découvertes ne sont pas à exclure. Elles pourraient dissiper le spectre de l’épuisement rapide du pétrole. En attendant de mettre à jour de nouveaux Hassi Messaoud, aucune autorité n’a le droit de gérer un pays comme on joue au casino. Les coups de poker ne sont pas permis.

Méprisant complètement l’opinion nationale les Khelil et compagnie gèrent ces ressources épuisables comme s’ils géraient leurs biens personnels. Il faut croire que ceux qui tiennent à augmenter coûte que coûte le niveau de la production pétrolière ou gazière ne veulent pas que les citoyens leur demandent des comptes car au fond ils n’ont qu’un seul souci : répondre aux pressions des réseaux des accapareurs qui ont besoin encore et toujours que les dollars continuent à couler à flot dans leur « chkara ». Ceux-là ont assuré l’avenir de leur descendance jusqu’à la fin des temps. Leurs comptes bancaires à l’étranger sont pleins. Malgré cela leur voracité est insatiable. L’Algérie n’est pour eux qu’une pompe à devises. Leur slogan est : « Produire d’avantage et exporter toujours plus d’hydrocarbures pour mettre dans leur poche les revenus pétroliers, s’enrichir sans limite aux dépens du pays et de son peuple ».

Il est vraiment grand temps de débarrasser le pays de cette classe de prédateurs avant qu’elle ne plonge le pays dans un gouffre sans fond.

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Khaled Safi

Alger républicain


Article publié dans la version papier Alger républicain de mars-avril 2010. Disponible dans certains kiosques d’Alger, Tizi Ouzou, Béjaïa, Oran, Constantine.

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