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LETTRE DE TURQUIE AUX PEUPLES DU MONDE

mercredi 10 août 2016

[rouge]PARTI COMMUNISTE, Turquie

LETTRE DE TURQUIE AUX PEUPLES DU MONDE[/rouge]

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[rouge]Nous avons été les témoins d’une tentative de coup d’Etat dans la nuit du 15 juillet. Malgré les bizarreries, les obscurités et les incertitudes au sujet des acteurs que se tiennent à l’arrière-plan, ce fut une authentique tentative de coup d’Etat.

Que Fethullah Gülen fût derrière le coup d’Etat et qu’il ait des liens profonds avec l’Administration US sont des faits indéniables. De plus, derrière la tentative de coup d’Etat, il y avait beaucoup plus que quelques simples traces du Pentagone et de la CIA. [/rouge]

L’échec de cette tentative de coup d’Etat a été bénéfique à notre peuple. Si le coup d’Etat avait réussi, les travailleurs, déjà accablés par le fardeau de tous les problèmes imaginables que fait peser sur eux le système capitaliste, auraient eu à faire face à des conditions plus lourdes et plus destructrices. On doit conserver à l’esprit que les conspirateurs ont une orientation pro-OTAN et Islamiste et qu’ils ont servi pendant des décennies les monopoles internationaux.

Un autre fait doit être gardé à l’esprit est que Fethullah Gülen a surgi sur la scène politique du sein des rangs de l’ "Organisation de la lutte contre le communisme". Cette organisation fut créée en 1960 par la CIA.

Ce qui est intéressant et ironique à la fois est le fait qu’Erdogan, première cible du coup d’Etat, et les conspirateurs partagent les mêmes sources idéologiques et politiques. L’islamisme, l’anticommunisme et la pleine loyauté à la classe capitaliste définissent les caractéristiques d’Erdogan comme de Fethullah Gülen. Erdogan a aussi joué des rôles importants dans les scénarios du Moyen-Orient, les Etats-Unis étant le fer de lance.

Il y a plus d’une cause derrière la tension survenue entre, d’un côté, Erdogan et, de l’autre, les Etats-Unis ainsi que certains Etats de l’UE. L’échec en Syrie, les continuelles tensions déclenchées en Turquie par Erdogan, son action pour se créer un large champ de manoeuvres en appui sur le soutien de ses électeurs, l’impossibilité de le contrôler, sont certaines des principales raisons qui viennent à l’esprit. Cependant, cette tension est graduellement devenue un facteur dans le contexte créé par les conflits économiques et politiques profonds en cours entre les Etats-Unis et les forces sous l’influence US contre la Fédération de Russie.

Comme Erdogan et sa clique sont engagés dans une lutte à la vie ou à la mort, et qu’ils sont sérieusement isolés tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, l’Administration de Poutine, utilisant "la carotte et le bâton", conseille à Erdogan de couper les liens avec l’OTAN ou au moins de se tenir loin de la politique d’encerclement de la Russie menée par l’OTAN.

A la suite de la tentative de coup d’Etat, ils sont nombreux au sein des cercles gouvernementaux de Turquie ceux qui accusent les Etats-Unis et l’UE et qui préconisent la "collaboration avec la Russie". Il ne fait pas de doute que l’orientation qui vient d’être amorcée ne fait pas partie des préférences de la bourgeoisie de Turquie. La peur panique dans laquelle le coup d’Etat a plongé la clique au pouvoir pousse celle-ci à chercher un port de salut.

La dissolution des relations économiques, politiques et militaires de la Turquie particulièrement avec l’Allemagne et les Etats-Unis ne peut être accomplie que par une révolution socialiste. Tout changement d’axe opéré dans le cadre du régime actuel ne fera qu’accroître les risques de chaos, de conflits, et la probabilité de guerre civile et internationale.

Les développements montrent que de durs marchandages se poursuivront entre l’actuel gouvernement, d’une part, et les Etats-Unis et l’UE, d’autre part. La bourgeoisie turque tente plus que jamais de prendre les rênes alors que l’opposition à l’intérieur du système joue le rôle de médiateur dans ces marchandages.

D’un autre côté, la Turquie est entrée, après la tentative de coup d’Etat, dans une période où la loi est suspendue, toutes les décisions et la restructuration de l’Etat sont monopolisées par une petite clique gouvernementale. Même s’ils n’ont pas encore atteint une échelle de masse, les arrestations et les licenciements censés cibler les conspirateurs s’étendent aux secteurs progressistes, révolutionnaires et communistes qui ont combattu la confrérie de Fethullah Gülen et d’autres organisations islamistes similaires.

Dans ces conditions, le Parti communiste lance l’appel suivant aux peuples du monde, aux organisations ouvrières de classe, à tous les révolutionnaires et à toutes les forces communistes :

1. Nous n’avons pas à choisir entre Fethullah Gülen, auteur de la tentative du coup d’Etat, et l’une ou l’autre des personnalités du pouvoir en place. Les conspirateurs du coup ont exécuté un plan sanglant, traître et perfide. Toutefois le gouvernement est lié par les liens intimes à ces conspirateurs. Ils ont opprimé ensemble pendant de longues années les enfants de notre peuple. Notre solidarité doit aller aux millions de travailleurs de la classe ouvrière et à leurs représentants politiques qui ont subi la répression et l’oppression du régime capitaliste d’exploitation.

2. Le débat dans la presse internationale sur la question de savoir si "la tentative de coup d’Etat était réelle ou non" est un piège que l’on doit éviter. Les questions que nous devons discuter sont les armes nucléaires entreposées dans la base de Inchirlik, les opérations secrètes de l’OTAN, c’est le réseau obscurantiste de Fethullah Gülen qui sert la classe capitaliste dans plus d’une centaine de pays. Qui a créé ce réseau, au nom de qui et au profit de qui mène-t-elle ses activités ? Et les profits faramineux qui lient l’islamiste Erdogan aux dirigeants européens "laïques", le pillage des ressources de la Turquie par les monopoles internationaux et l’immense exploitation dont sont l’objet tous les ouvriers et les travailleurs en Turquie.

3. Les forces qui combattent le pouvoir anti-populaire en Turquie doivent se dresser contre toutes les interventions des centres impérialistes et contre toutes formes de "révolution colorée". Il n’y a pas de bons capitalistes et de mauvais capitalistes. Il est très clair qu’on ne peut accorder aucun crédit aux déclarations émanant de l’OTAN et de l’UE sur leur préoccupation au sujet des questions de la liberté et de la démocratie en Turquie. L’émancipation sociale en Turquie ne peut être que l’œuvre du peuple qui vit et travaille dans ce pays.

4. De même, il est incompréhensible que la Russie de Poutine soit dépeinte comme le sauveur. La position de la Fédération de Russie envers la Turquie est totalement pragmatique et complètement déterminée par les intérêts de la classe dominante russe. L’administration de Poutine qui flattait il y a encore moins d’un an Erdogan a déclaré que le même Erdogan était un criminel après que fut abattu l’avion de guerre russe en Syrie et elle a même remis aux Nations Unies une série suffisante de preuves dans ce sens. Cependant quelques semaines avant la tentative de coup d’Etat, la flamme amoureuse entre Poutine et Erdogan fut rallumée. Nous ne permettrons pas que l’avenir du pays dépende des équilibres existant au sein de l’ordre mondial impérialiste-capitaliste.

5. "L’islam modéré" est un concept fabriqué par les Etats-Unis. La liberté de croire et la liberté de conscience font partie des droits fondamentaux de l’humanité. Cependant, il faut séparer partout la religion des domaines de la politique et du droit. Il n’y a pas de version modérée ou autre de la religion. Toute personne ou tout mouvement en Turquie commet un délit s’il se livre à une activité politique au nom de la religion ou à partir de références religieuses. La situation actuelle en Turquie est une opportunité pour apprécier l’importance de la laïcité et la compréhension de sa signification vitale pour les opprimés. Cette opportunité peut être d’un bon usage en liant seulement ces acquis antérieurs de l’humanité avec la lutte contre le capitalisme. Elle est une faute si elle sert à alimenter les idéologies racistes et xénophobes en Europe.

6. L’histoire de la Turquie est l’histoire des coups d’Etat, des assassinats politiques, du fanatisme religieux et du militarisme. Cependant, la Turquie ne se réduit pas à cette histoire. La Turquie a aussi connu des événements et des développements positifs. La République de Turquie a été fondée comme un résultat de la lutte menée avec la jeune Russie Soviétique contre l’occupation impérialiste. De 1923 à nos jours, les luttes contre la guerre, la tyrannie, l’exploitation capitaliste n’ont jamais cessé. Les organisations ouvrières ont animé de multiples manifestations et actions de masse. Le poète communiste international Nazim Hikmet est le produit de ce pays. Le légitime mouvement populaire qui s’est soulevé contre le gouvernement il y a trois ans, est l’indice de l’existence d’un front autre dans la Turquie qui vient maintenant de se transformer en théâtre d’affrontement entre deux cliques islamistes.

Nous vous appelons à suivre l’évolution de la situation du front des ouvriers, de demeurer solidaires avec lui et de faire entendre sa voix partout dans le monde.
Tout comme il existe des capitaux monopolistes, des dictateurs et des conspirateurs, il existe aussi des ouvriers, des révolutionnaires, des intellectuels, des militants communistes et des traditions internationalistes.

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A bas l’impérialisme

L’OTAN, l’UE impérialiste qui sont à l’origine des coups d’Etat doivent être dissoutes.

Vive la lutte de l’humanité pour l’égalité, la liberté et la justice.

Parti communiste, Turquie

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août 2016