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La débaptisation de la clinique J.-M. Larribère n’est pas le fait du hasard

mercredi 5 juillet 2017, par Alger republicain

J’ai eu la chance de côtoyer la famille Larribère. Durant trois années, de l’été 1968 et jusqu’à son décès la veille de Noël de l’année 1970, j’ai assisté Camille Larribère lorsqu’il rédigeait ses mémoires sur les combats conduits par le PCA dans la lutte de libération nationale. Indépendamment des services rendus aux populations de Saint Denis du Sig, qui voyaient en lui « le médecin des pauvres », ses engagements pour l’émancipation du peuple algérien, pour l’indépendance nationale et la construction d’une société juste et prospère ne font aucun doute. Une fois la révolution du 1er Novembre engagée, les hésitations exprimées par certains communistes ont vite été balayées.

Camille Larribère a mené un combat constant pour l’Algérie. Il a vécu, s’est battu et à fini ses jours à Sig. L’ostracisme de certains à l’égard du communiste (bolchévique) qu’il était fut si grand qu’on lui a refusé d’être enterré dans le carré musulman comme il l’avait souhaité, et ceci en dépit des interventions d’autorités du culte, dont Cheikh Zoubir. Même ostracisme, ignorance de ce que furent ces hommes et ces femmes de la famille Larribère et de façon plus large à l’égard des communistes … Je pense à Jean-Marie Larribère son frère dont le parcours et ses engagements vis-à-vis du peuple algérien et de l’indépendance ne sont plus à évoquer, à Lucette sa fille, à Suzanne et à d’autres que je ne connais qu’à travers les témoignages de mes amis de la famille Larribère …

Camille m’avait parlé des Combattants de la Libération, de son manuel d’instruction qu’il avait précieusement conservé dans sa modeste maison du Sig. Il avait évoqué la mort en martyr de Maurice Laban (ancien des brigades internationales), de Maillot et de bien d’autres, l’héroïsme et l’engagement d’un Abdelhamid Guerab, de Mustapha Sâadoun, de Abdelkader Guerroudj, Abdelhamid Boudiaf et de bien d’autres. De nombreux communistes sont morts en martyrs, d’autres ont passé des années dans les prisons et sacrifié leurs vie pour « le Pain et la Liberté » comme se plaisait à le répéter Camille.

Ce sont les militants communistes qui ont lancé le mot d’ordre de l’indépendance dès les années 1920, et l’on ne peut d’un trait de plume effacer leur contribution dans la maturation de l’idée de libération nationale et même d’un combat armé pour se libérer de l’oppression coloniale. Les réserves qu’expriment ici et là quelques personnes ou courants nationalistes sur le PCA ne peuvent cacher les torts et travers de la « famille révolutionnaire », ceux du FLN à l’égard de sa propre famille ou du peuple algérien. Que sont donc devenues les promesses de l’indépendance de cette « famille révolutionnaire » au regard de l’histoire, lorsqu’on observe aujourd’hui ses complicités avec les nouvelles bourgeoisies installées, le retour des féodalités anciennes dans les campagnes, les mêmes que celles promues par le système colonial ? Que doit-on penser aujourd’hui de la confiscation des richesses nationales au détriment du peuple et de la mise à l’écart des meilleurs que notre peuple a enfantés depuis l’indépendance ? Certains ont même été tentés par la réhabilitation des bachaghas (se rappeler l’affaire récente du bachagha Bengana) et autres caïds qui ont fait tant de mal à notre peuple !
Alors, la débaptisation de la clinique J.-M. Larribère n’est pas le fait du hasard … Elle participe des tendances au révisionnisme, à une relecture de l’histoire du pays et de sa guerre d’indépendance.

Le peuple d’Oran doit savoir que c’est en hommage à Jean Marie Larribère, que les militants du PAGS, Abdelkader Alloula (« Sbâa Wahran »), et ses compagnons de lutte, M’hamed Djelid, le poète et théoricien du théâtre populaire, Messaoud Benyoucef, traducteur des pièces de Alloula et auteur, appartenaient à une cellule dénommé … « cellule Jean Marie Larribère », JLM pour les initiés. Cette cellule, a soutenu et animé les luttes de la classe ouvrière d’Oran, dockers, travailleurs communaux … Ce sont ces ouvriers, ce petit peuple et ces héros anonymes d’Oran que l’on retrouvera dans les pièces de théâtre de Alloula.

A quand une rue d’Oran en hommage à Gaby Gimenez et Roger Bénichou, militants communistes de cette ville et dont les engagements et les sacrifices pour la libération nationale sont connus ? A quand une école « Jacqueline Guerroudj » à Ouled Mimoun où elle a été institutrice ? A quand une rue Abdelhamid Guerrab, Mustapha Sâadoun, un centre de formation professionnelle Maurice Laban, une place Abdelhamid Benzine, Larbi Bouhali ou Tahar Ghomri … ? A quand une Université Kateb Yacine ou des jardins ou des villages portant les noms de ceux qui ont écrit les plus belles pages de notre histoire nationale ?

Ce jour arrivera certainement. On redécouvrira, les combats et les valeurs portés par ces militants qui ont tant contribué à la libération de notre pays du système colonial et qui ont poussé leurs rêves plus loin en défendant l’idéal du socialisme.
Il sera le signe que les temps auront changé, et que l’Algérie se sera réconciliée enfin avec les meilleurs de ses enfants, qu’elle aura enfin renoué avec les promesses faites par nos ancêtres d’en faire un pays libre, un pays de progrès où il fait bon vivre pour les travailleurs, les paysans, les artistes, les scientifiques ou tout simplement les femmes et les jeunes qui sont notre avenir.

Karim Wafa
05.06.17