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Marche de 600 travailleurs d’Infrafer à Rouiba ils n’ont pas été payés depuis cinq mois !

jeudi 14 octobre 2010, par Alger républicain

Le pouvoir a lancé un plan d’extension du réseau ferroviaire. Ce qui est une excellente chose après 30 ans de stagnation accompagnée de dégradation des infrastructures existantes, suite au refus du pouvoir de Chadli en 1980 de mettre en application les plans arrêtés dans les années 1970 pour développer de façon prioritaire le transport par train. La longueur des lignes devait être doublée. Mais rien de sérieux ne fut engagé en dehors de quelque 200 km dans l’est du pays. Ce tronçon a été réalisé dans le cadre de la création de la rocade ferroviaire des Hauts-Plateaux, oubliée depuis alors qu’elle devait jouer le rôle de veine jugulaire d’un développement industriel en profondeur du pays.

Malheureusement le pouvoir actuel mise avant tout sur les entreprises étrangères et de soi-disant sous-traitants privés. Les multinationales réalisent de gros profits dont une partie est certainement virée vers les comptes de "la mafia du rail". Pendant ce temps les entreprises publiques qui avaient accumulé une riche expérience dans le domaine sont abandonnées à leur sort après avoir été lestées de grosses dettes créées par le refus des instances étatiques de leur payer les travaux réalisés. Ce refus a provoqué une spirale de découverts bancaires qui ont rapidement grossi. L’entreprise Infrafer fait partie de ces sociétés qui ont été "coulées" de façon préméditée.

Cela a poussé ses travailleurs à manifester dans les rues de Rouiba.

C’est ce que rapporte le quotidien Liberté dans son édition du 14 octobre 2010 :

"Plus de 600 travailleurs d’Infrafer, et à leur tête les responsables de l’union locale UGTA de Rouiba, ont marché hier au centre-ville de Rouiba pour exiger le versement de leurs cinq mois de salaires, tout comme ils ont dénoncé la marginalisation de leur entreprise. Arborant plusieurs banderoles, les protestataires venus des quatre coins du pays ont marqué une halte devant le siège de l’Agence nationale d’études et de suivi de la réalisation des investissements ferroviaires (Anesrif) pour crier leur colère. Ces derniers reprochent à l’agence de continuer à ignorer leurs revendications notamment la régularisation de leurs créances qui s’élèvent à plus de 350 milliards de centimes. Les travailleurs accusent également certains responsables de préméditer la mort de leur entreprise. “On veut étouffer Infrafer pour favoriser les entreprises privées”, lance un manifestant. Les marcheurs se sont dirigés ensuite au siège de leur entreprise pour tenir une assemblée générale. “La prochaine étape, ce sera la paralysie de toute la zone industrielle de Rouiba”, affirme le secrétaire général de l’union locale UGTA de Rouiba qui a assuré aux manifestants le soutien indéfectible des 20 000 travailleurs de la zone industrielle.

M. Messaoudi a précisé qu’un délai sera accordé aux responsables concernés pour sortir Infrafer de cette situation. “À défaut d’une solution au devenir des 1 400 travailleurs et leur entreprise, nous serons contraints encore une fois d’envahir la rue pour éviter à 14 000 familles algériennes de sombrer dans la détresse par la faute de certains qui ont juré de casser le secteur public”, a ajouté le SG de l’union locale de Rouiba."

Notons que ce n’est pas la première fois que les responsables de l’UGTA cherchent à prendre l’initiative de marches de protestation quand ils sentent que le mécontentement des travailleurs peut conduire à des développements qu’ils ne peuvent plus maîtriser. On connaît la suite : ils abandonnent les travailleurs à leur sort dès que les autorités agitent des menaces contre eux.
Les travailleurs devront forger leurs propres organisations syndicales de classe indépendante du pouvoir.

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Khaled Safi

14 octobre 2010