Accueil > Actualité politique nationale > Pillage de l’économie algérienne > Mort lente d’une unité métallurgique performante- laTuberie sans soudure (…)

Mort lente d’une unité métallurgique performante- laTuberie sans soudure d’El Hadjar - bradée au profit de ArcelorMittal Pipes and Tubes Algeria*

samedi 7 janvier 2012

Un appel à une Assemblée générale des travailleurs de la TSS (ArcelorMittal Pipes and Tubes Algeria) a été lancé, hier, par le syndicat de cette unité de production, filiale du complexe sidérurgique d’El Hadjar (Annaba). Le communiqué, dont une copie a été transmise à notre rédaction régionale, précise que cette AG, qui se tiendra le 20 du mois courant, a pour ordre du jour la présentation d’un compte rendu sur la situation de l’usine qualifiée de désastreuse et des propositions sur les démarches à suivre pour « recouvrer le droit constitutionnel au travail et à la dignité ». Le communiqué, auquel est joint une analyse de la situation actuelle, fait état des conditions irréalisables exigées par les clients nationaux et consacrées par les règles du code des marchés, excluant, de fait, la production nationale, pourtant de très haut niveau et répondant aux normes internationales.

L’unité TSS (Tuberie sans soudure), qui emploie 358 travailleurs, tous Algériens, n’a pu décrocher depuis fin 2009 qu’une commande de 400 tonnes de tubes, soit 4 jours de production, alors que les besoins du marché algérien sont de l’ordre de 200 000 tonnes par an. Le document précise que la part de marché de la TSS est actuellement de 1,42% et que 800 000 tonnes ont été importées, dépassant ainsi les besoins. Cette situation est due au fait que les importateurs jouant sur la quantité ont pu avoir, à partir de la Chine, cette grosse quantité à des prix très bas, alors que la TSS peut produire ce type de tubes selon les formats exigés.

Critiquant les règles imposées, il est dénoncé les conditions imposées qui excluent, de fait, toute soumission de la TSS, tels les tailles et les contenus des lots, l’interdiction de répondre en association avec d’autres usines du même groupe dans le même appel d’offres, des achats faits à l’étranger sans appels d’offres et la réglementation relative à la préférence nationale qui n’est appliquée que par les sociétés publiques. Pourtant, la TSS, voulant prendre sa part du marché national et projetant d’exporter vers la Tunisie et la Libye, a, depuis 2009, mis en branle un plan d’investissement visant à améliorer ses capacités de production et à la hisser au niveau des entreprises performantes.

Ainsi, 2,5 millions de dollars ont été injectés depuis 2009 pour l’installation d’une ligne de contrôle ultrason complètement automatisée, l’automatisation des bancs d’épreuve sous pression de 150 bars, l’acquisition d’un tour à commande numérique et le lancement du projet Tracking System pour 1,2 million de dollars, dans la perspective de décrocher une part de marché de 12% au niveau national et prétendre à l’exportation du produit vers les deux pays cités plus haut. Mais apparemment, tout est fait pour exclure cette unité de production nationale aux capacités prouvées, puisqu’elle a fourni, par le passé, près de 15 000 km de tubes, aussi bien pour Sonatrach, Naftal, Sonelgaz que pour le secteur de l’hydraulique. Sinon, comment expliquer que des entreprises nationales préfèrent importer à coups de millions de dollars des produits qui existent sur le marché local, et que des importateurs inondent ce même marché avec des produits chinois dont la qualité, selon les spécialistes, est plus que douteuse.

Au moment où des pays, tenus pour libéraux, rivalisent pour protéger leur production nationale à coups de subventions et d’aides au moment où la crise financière frappe des pays dits industrialisés et riches, l’Algérie, qui prend des mesures et des dispositions pour assurer l’après-pétrole, une entreprise performante est en train d’agoniser par manque de plan de charge, alors que les besoins exprimés sont bien supérieurs à ses capacités. Les pouvoirs publics sont appelés à revoir les conditions du marché pour inclure la préférence nationale.

358 postes de travail sont en jeu, puisque, selon nos informations, ArcelorMittal, qui paye actuellement ces ouvriers au chômage technique, n’est pas près de poursuivre son soutien à fonds perdus. La sonnette d’alarme est tirée.

Par Mohamed Rahmani

Correspondant de La Tribune à Annaba

18-12-2011


*Le titre est d’Alger républicain