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8 Mai 1945 : le jour où le colonialisme français dévoila son vrai visage
vendredi 8 mai 2026, par
Le 8 mai 1945 est célébré en Europe comme le jour de la victoire contre le nazisme et la fin de la barbarie hitlérienne. Pourtant, au moment même où Paris et les capitales européennes fêtaient la capitulation du IIIe Reich au nom de la liberté et de la démocratie, une autre réalité se révélait dans le sang en Algérie : celle du véritable visage du colonialisme français.
À Sétif, Guelma, Kherrata et dans l’ensemble du Constantinois, la puissance coloniale allait répondre aux aspirations nationales du peuple algérien par une répression d’une sauvagerie extrême, faisant des dizaines de milliers de morts. Ce massacre de masse demeure l’un des plus grands crimes coloniaux du XXe siècle et constitue un tournant fondamental dans l’histoire de la conscience nationale algérienne.
Le 8 mai 1945, des milliers d’Algériens descendent dans les rues pour célébrer la victoire contre le fascisme, mais aussi pour rappeler une vérité devenue irréversible : un peuple qui a participé à la lutte contre l’oppression ne peut accepter de rester lui-même sous domination coloniale.
Dans les cortèges apparaissent des drapeaux algériens, des slogans pour l’indépendance, des appels à la libération de Messali Hadj et des mots d’ordre contre l’impérialisme colonial. Beaucoup de manifestants ont des proches parmi les anciens tirailleurs algériens revenus des fronts européens après avoir combattu dans l’armée française contre le nazisme. Ils espéraient que le sang versé par ces derniers pour la « liberté » ouvrirait enfin la voie à la reconnaissance des droits du peuple algérien.
Mais le colonialisme français n’avait aucune intention de remettre en cause sa domination.
À Sétif, le jeune scout Saâl Bouzid est abattu pour avoir porté le drapeau algérien. Les forces coloniales ouvrent le feu sur les manifestants. Les fusillades provoquent alors des affrontements violents dans plusieurs localités. Des Européens sont tués à leur tour dans un contexte de colère populaire et de chaos.
L’administration coloniale saisit immédiatement ces événements comme prétexte pour déclencher une répression préparée de longue date.
Contrairement au récit officiel de l’époque qui parlait de simples « troubles », la violence coloniale qui suit n’a rien d’une réaction improvisée. Elle prend rapidement la forme d’une véritable opération militaire de terreur collective.
L’armée française, appuyée par l’aviation, l’artillerie, la marine de guerre et des milices de colons armés, mène pendant plusieurs semaines une campagne de destruction dans tout le Constantinois. Des villages entiers sont bombardés, des populations civiles mitraillées, des prisonniers exécutés sans jugement, des familles entières exterminées.
À Guelma, le sous-préfet André Achiary organise une véritable machine de mort avec l’aide des milices coloniales. Des centaines d’Algériens sont arrêtés puis conduits vers les lieux d’exécution comme le tristement célèbre « Kef El Boumba », où ils sont fusillés par groupes avant que leurs corps ne soient brûlés dans des fours à chaux afin d’effacer les traces des massacres.
À Kherrata, des prisonniers sont exécutés puis jetés dans les ravins des gorges. Dans les campagnes du Constantinois, les opérations de « pacification » rappellent les méthodes les plus brutales de la conquête coloniale du XIXe siècle : exécutions sommaires, pillages, tortures, humiliations collectives et terreur généralisée.
Les milices européennes disposent pratiquement d’un droit de vie et de mort sur les Algériens. Des hommes sont tués simplement parce qu’ils ne portent pas le brassard imposé par l’administration coloniale. Des intellectuels, des syndicalistes, des scouts musulmans et des militants nationalistes sont particulièrement visés.
Le colonialisme révèle alors sa véritable nature : un système fondé non sur les principes qu’il prétend défendre, mais sur la domination, le racisme et la violence.
Dès les premiers jours, les autorités françaises tentent de présenter les événements comme une simple « émeute » provoquée par des « éléments troubles ». La censure empêche la diffusion de la réalité des massacres.
Le communiqué officiel ne reconnaît qu’un nombre très limité de victimes algériennes. Pourtant, rapidement, des estimations indépendantes évoquent une catastrophe humaine d’une tout autre ampleur. Des diplomates américains, des témoins et plusieurs enquêtes parleront de 40 000 à 45 000 morts algériens.
Cette tentative de dissimulation révèle aussi la volonté du colonialisme de nier l’existence même du peuple algérien comme sujet politique et historique.
Le 8 mai 1945 détruit définitivement l’illusion d’une réforme pacifique du système colonial.
Beaucoup d’Algériens comprirent alors qu’aucune égalité réelle, aucune liberté nationale et aucune dignité ne seraient accordées spontanément par la puissance coloniale. Les massacres marquent une rupture historique décisive : l’idée que seule la lutte révolutionnaire permettrait de mettre fin à l’oppression commence à s’imposer dans une large partie du mouvement national.
Même certains responsables français comprendront la portée historique des événements. Le général Raymond Duval, chargé de la répression, reconnaît lui-même qu’il n’avait offert qu’un répit temporaire au système colonial. Neuf ans plus tard, le 1er novembre 1954, l’insurrection armée éclatait.
Dans le sang versé à Sétif, Guelma et Kherrata naissait déjà la future guerre de libération nationale.
Quatre-vingt-un ans après, le 8 mai 1945 demeure une blessure ouverte dans la mémoire nationale algérienne. Il rappelle que le colonialisme ne fut jamais une œuvre de civilisation, mais un système de domination imposé par la violence et maintenu par la terreur.
Le sacrifice des dizaines de milliers de victimes du 8 mai 1945 constitue l’un des fondements historiques de l’indépendance algérienne et de la lutte du peuple algérien pour sa souveraineté nationale.
Le colonialisme français croyait avoir écrasé une révolte. En réalité, il venait d’accélérer la naissance irréversible de la Révolution algérienne.
EL HADJ MOHAMED BRAHIM
Alger républicain