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Moyen-Orient : l’Iran au centre d’une confrontation impérialiste mondiale

lundi 16 mars 2026, par Alger republicain

La situation internationale traverse une phase de tensions particulièrement dangereuse. Au Moyen-Orient, l’escalade militaire autour de l’Iran a déjà provoqué de lourdes pertes humaines parmi les populations civiles et causé d’importantes destructions matérielles. Ce développement menace désormais d’entraîner dans la spirale de la guerre l’ensemble d’une vaste région allant du Golfe à la Méditerranée orientale, jusqu’à la mer Caspienne et au Caucase. Cette nouvelle crise intervient alors que le conflit ouvert par l’Invasion russe de l’Ukraine en 2022 se poursuit depuis des années, illustrant la profondeur des contradictions et des rivalités qui traversent aujourd’hui le système international.

L’intensification des pressions politiques, économiques et militaires contre l’Iran ne peut être comprise en dehors du contexte plus large de la confrontation entre grandes puissances pour le contrôle des ressources énergétiques, des richesses minières, des routes commerciales et des positions géopolitiques stratégiques. Par sa situation géographique, par ses réserves considérables de pétrole et de gaz et par son rôle dans les équilibres régionaux, l’Iran constitue un maillon central dans ce jeu de rivalités.
Les motivations économiques et stratégiques qui sous-tendent cette pression apparaissent de plus en plus clairement. Les États-Unis et leurs alliés cherchent en premier lieu à contrôler les importantes ressources énergétiques iraniennes. Les grands gisements d’hydrocarbures et les principales installations pétrolières se concentrent notamment dans l’ouest du pays, une région qui a déjà été la cible d’attaques et de sabotages ces dernières années. Derrière les discours officiels sur la sécurité ou la démocratie, se profile ainsi une bataille bien réelle pour l’accès et la maîtrise de ressources énergétiques parmi les plus importantes de la planète.
Un autre enjeu majeur concerne les infrastructures énergétiques et les voies de transport du pétrole et du gaz. La région constitue l’un des principaux carrefours mondiaux pour l’acheminement des hydrocarbures. Parmi les projets stratégiques figure notamment un axe de pipelines reliant l’Iran à la Syrie en passant par l’Irak, soutenu par les intérêts de plusieurs puissances régionales et internationales. Le contrôle de ces routes énergétiques est devenu un enjeu central des rivalités impérialistes, et explique en grande partie l’hostilité des États-Unis et d’Israël à toute consolidation d’un axe énergétique indépendant dans cette zone stratégique.
À cela s’ajoute la question du contrôle des grandes voies maritimes. Le détroit d’Ormuz constitue l’un des passages les plus vitaux pour le commerce énergétique mondial. Chaque année, une part considérable du pétrole et du gaz consommé dans le monde transite par ce corridor maritime étroit reliant le Golfe au reste de l’économie mondiale. Près d’un cinquième de la production mondiale d’hydrocarbures y circule, faisant de ce passage un point névralgique du système économique international. À ce titre, il occupe une importance stratégique comparable à celle de la mer Rouge pour la circulation des marchandises et des ressources entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe.
Le contrôle de cette voie maritime ne concerne pas seulement les puissances occidentales. Il constitue également un enjeu majeur pour d’autres grandes économies industrielles, au premier rang desquelles la Chine, dont une grande partie des approvisionnements énergétiques dépend du transit par cette zone. Dans un contexte de concurrence mondiale accrue entre monopoles et grandes puissances, le détroit d’Ormuz apparaît ainsi comme l’un des points stratégiques les plus sensibles de la planète.
Depuis plusieurs années, les États-Unis et leurs alliés multiplient sanctions économiques, pressions diplomatiques et démonstrations de force militaire. Sous des prétextes variés : programme nucléaire, défense de la démocratie ou protection des droits humains, il s’agit en réalité d’affaiblir un acteur régional qui échappe à l’ordre géopolitique que Washington cherche à imposer dans la région. L’histoire récente montre pourtant que ces justifications ont souvent servi de couverture à des interventions dont les conséquences furent dramatiques pour les peuples. Les guerres menées en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie ont laissé derrière elles des États dévastés, des sociétés profondément meurtries et des millions de victimes.
Dans cette stratégie de recomposition du Moyen-Orient, la place de l’entité sioniste est centrale. Les Accords d’Abraham ont marqué une étape importante dans le rapprochement entre Israël et plusieurs monarchies arabes, ouvrant la voie à une nouvelle architecture politique et économique dans la région. Dans le même temps, des projets d’infrastructures et de corridors commerciaux sont promus pour redessiner les routes du commerce mondial. Le India–Middle East–Europe Economic Corridor s’inscrit clairement dans cette logique, cherchant à concurrencer les Nouvelles Routes de la soie mises en place par la Chine.
La rivalité entre Washington et Pékin constitue désormais l’un des axes majeurs de la politique mondiale. La compétition pour l’accès aux matières premières stratégiques, aux sources d’énergie et aux voies de transport des marchandises détermine de plus en plus ouvertement les orientations diplomatiques et militaires des grandes puissances. Dans ce contexte, la région du Moyen-Orient demeure un terrain décisif où se croisent les intérêts des puissances occidentales, des États régionaux et des nouvelles puissances émergentes.
La militarisation croissante de cette zone constitue un facteur supplémentaire d’instabilité. La présence de bases militaires américaines et de l’OTAN dans plusieurs pays de la région transforme ces territoires en plateformes d’intervention et, dans le même temps, en cibles potentielles dans l’hypothèse d’un affrontement élargi. Loin d’apporter la sécurité promise, ces dispositifs militaires renforcent les risques d’escalade et exposent les peuples à des dangers toujours plus grands.
La crise actuelle révèle également les contradictions internes que connaît la société iranienne. Les difficultés économiques aggravées par les sanctions, les tensions sociales et les revendications politiques ont donné lieu ces dernières années à des mobilisations populaires importantes. Mais l’expérience historique montre que les puissances impérialistes n’hésitent pas à instrumentaliser ces aspirations légitimes pour servir leurs propres objectifs géopolitiques. Les peuples savent désormais que les bombes et les sanctions ne portent jamais la démocratie, mais la destruction, l’appauvrissement et la dépendance.
Dans ce contexte, les discours qui cherchent à présenter le monde comme divisé entre deux blocs, d’un côté le camp euro-atlantique, de l’autre un camp eurasien, ne correspondent en rien aux intérêts des travailleurs et des peuples. Les rivalités entre grandes puissances capitalistes ne visent pas l’émancipation des sociétés, mais la conquête de marchés, de ressources et d’influence stratégique.
Face à cette réalité, la conscience progresse que les peuples n’ont rien à gagner dans ces confrontations impérialistes. Les travailleurs, qu’ils vivent en Europe, en Asie, en Amérique ou au Moyen-Orient, n’ont pas d’intérêts communs avec les monopoles et les oligarchies qui tirent profit des guerres et des crises. Les véritables perspectives de paix, de souveraineté et de justice sociale ne peuvent venir que de la mobilisation des peuples eux-mêmes contre un système international fondé sur l’exploitation, la domination et la logique du profit.
Dans une période où les tambours de guerre résonnent à nouveau dans plusieurs régions du monde, il devient plus que jamais nécessaire de renforcer la solidarité entre les peuples et de refuser d’être entraînés dans des affrontements qui ne servent que les intérêts des puissances dominantes. L’histoire a montré que les peuples capables de s’organiser et de défendre leurs droits peuvent faire échec aux projets de domination et ouvrir la voie à un avenir fondé sur la paix, la justice et la souveraineté.
EL Hadj Mohamed Brahim