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Nouvelle escalade impérialiste contre Cuba
lundi 25 mai 2026, par
Par-delà les effets d’annonce judiciaires et les campagnes médiatiques relayées par les grands appareils de propagande occidentaux, c’est une nouvelle étape de l’offensive impérialiste contre Cuba qui semble se mettre en place. L’inculpation visant le dirigeant historique cubain Raúl Castro ne peut être comprise isolément. Elle s’inscrit dans une longue stratégie de déstabilisation menée contre la Révolution cubaine depuis sa victoire en janvier 1959.
Depuis plus de soixante ans, Washington n’a jamais accepté que Cuba échappe à son contrôle. La Révolution conduite par Fidel Castro, Raúl Castro, Ernesto Che Guevara et Camilo Cienfuegos a non seulement mis fin à la dictature de Batista soutenue par les États-Unis, mais elle a surtout porté un coup historique aux intérêts des grandes compagnies nord-américaines qui dominaient alors l’économie cubaine. Nationalisations, réforme agraire, alphabétisation, souveraineté nationale : autant de choix politiques qui firent de Cuba une cible permanente de l’impérialisme américain.
De l’invasion de la Baie des Cochons en 1961 aux centaines de tentatives d’assassinat contre Fidel Castro, des opérations clandestines de la CIA au blocus économique imposé depuis 1962, l’histoire des relations entre Washington et La Havane demeure celle d’une guerre permanente menée contre un peuple ayant revendiqué son droit à disposer de lui-même.
Le blocus économique qualifié à juste titre de criminel par de nombreux États et organisations internationales continue aujourd’hui de produire des conséquences humaines considérables. Restrictions financières, sanctions bancaires, limitations des importations de carburant, obstacles à l’achat de médicaments et de matériel médical : la stratégie américaine vise clairement à provoquer l’asphyxie économique et sociale de l’île afin de susciter un effondrement interne.
Dans ce contexte déjà extrêmement tendu, les nouvelles accusations visant Raúl Castro prennent une signification politique particulière. Les autorités américaines tentent de réactiver l’affaire dite de « Brothers to the Rescue », organisation anti-castriste impliquée dans des opérations répétées contre Cuba dans les années 1990. Présentée dans les médias occidentaux comme une simple association humanitaire, cette organisation fut accusée par les autorités cubaines d’avoir multiplié les provocations aériennes, les violations de l’espace souverain cubain ainsi que des opérations de propagande soutenues par les réseaux contre-révolutionnaires de Miami.
La mémoire historique demeure ici essentielle. Pendant des décennies, les groupes anti-castristes installés en Floride ont bénéficié d’une totale indulgence de la part des autorités américaines malgré leur implication dans des actions violentes, des attentats et des opérations clandestines dirigées contre Cuba. Le terrorisme anti-cubain, qui coûta la vie à des centaines de civils cubains, reste largement absent du récit dominant occidental.
Derrière la rhétorique de la « démocratie » et des « droits humains », il s’agit avant tout de restaurer à Cuba un modèle économique soumis aux monopoles étrangers et aux intérêts du capital transnational. Les secteurs les plus réactionnaires de l’exil cubain de Floride, alliés à certains groupes financiers et industriels américains, n’ont jamais renoncé à reprendre le contrôle d’une île qui fut durant des décennies un espace de domination économique nord-américaine.
Cette offensive ne concerne d’ailleurs pas uniquement Cuba. Elle s’inscrit dans une stratégie plus globale de redéploiement de la puissance américaine en Amérique latine. Après les tentatives de déstabilisation au Venezuela, les pressions contre le Nicaragua ou encore les interventions répétées dans les affaires internes de plusieurs pays latino-américains, Washington cherche à réaffirmer son contrôle sur ce qu’il considère traditionnellement comme sa « zone d’influence ».
Le retour d’un discours anticommuniste particulièrement agressif aux États-Unis participe également de cette dynamique. En Floride notamment, des programmes scolaires et des campagnes officielles ont été mis en place afin de criminaliser l’histoire des mouvements révolutionnaires et des expériences socialistes. Cette instrumentalisation idéologique vise à fabriquer un consensus intérieur favorable à une politique extérieure de confrontation.
Mais malgré les difficultés économiques, les sanctions et l’isolement imposé, Cuba continue de bénéficier d’un important capital de solidarité internationale. Dans de nombreux pays du Sud, l’île demeure associée à la résistance anti-impérialiste, à la défense de la souveraineté nationale et à une politique internationale marquée par l’envoi de médecins, d’enseignants et de coopérants dans les régions les plus pauvres du monde.
L’histoire récente montre que les campagnes de diabolisation servent souvent à préparer l’opinion publique à des mesures de coercition plus brutales encore. Les précédents irakien, libyen ou yougoslave rappellent combien le langage des « droits humains » et de la « justice internationale » peut être instrumentalisé au service d’objectifs géopolitiques.
Pour les forces progressistes et anti-impérialistes, la défense de Cuba dépasse ainsi le seul cadre national cubain. Elle pose une question fondamentale : celle du droit des peuples à choisir librement leur système politique, économique et social sans subir les diktats des grandes puissances.
Dans un monde marqué par le retour des logiques de domination, des guerres économiques et des affrontements géopolitiques, Cuba continue d’incarner, malgré ses contradictions et ses difficultés, une expérience de résistance nationale qui dérange profondément les centres du pouvoir impérial.
Et c’est précisément pour cette raison qu’elle demeure, aujourd’hui encore, dans le viseur de Washington.
EL HADJ MOHAMED BRAHIM
Alger républicain