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Tunisie : « 26e Congrès de l’UGTT » ou le couronnement de la dérive bureaucratique

mercredi 8 avril 2026, par Alger republicain

Le « 26e Congrès » ne constitue pas un simple événement syndical de circonstance, mais une étape révélatrice de la crise profonde qui traverse l’Union générale tunisienne du travail. Ce qui s’y est produit reflète l’accumulation de dérives bureaucratiques et d’attaques systématiques contre le mouvement ouvrier, dans un contexte marqué par une intensification des offensives contre les droits des travailleurs et des tentatives de soumettre l’organisation aux agendas du pouvoir, ainsi qu’à ceux des forces réactionnaires et impérialistes. Défendre aujourd’hui l’Union s’inscrit dans un combat populaire plus large visant à bâtir une société libérée de toute forme d’exploitation.

Ce qui a été présenté comme le « 26e Congrès » apparaît en réalité comme un moment de vérité, révélant l’ampleur de la crise qui secoue l’Union. On peut même y voir l’aboutissement d’un long processus de dérives et de violations ayant altéré l’essence même de l’action syndicale, la vidant progressivement de sa dimension combative.
Lors de ce congrès se sont concentrées toutes les formes de bureaucratie et d’opportunisme, dans une configuration qui montre clairement qu’il ne s’agit pas d’un simple dysfonctionnement passager, mais d’une remise en cause méthodique des principes fondateurs de l’organisation et de son héritage militant.
Celui qui a supervisé et présidé ce congrès est également celui qui a contribué à affaiblir l’Union à travers des politiques inefficaces et des choix hésitants, allant jusqu’à abandonner des combats décisifs, notamment la grève, pourtant conçue comme un outil entre les mains des travailleurs, avant d’être abandonnée par crainte d’en assumer les conséquences. Malgré cela, il a été reconduit avec l’appui d’une majorité alignée, tandis qu’une minorité de militants a choisi de préserver un minimum de dignité en refusant de lui accorder sa caution.
Aujourd’hui, l’Union fait face à une offensive violente visant à la neutraliser et à la domestiquer, prélude à sa destruction en tant qu’outil de lutte au service de la classe ouvrière et des catégories laborieuses.
Cette organisation, construite au prix des sacrifices de générations de militants et du sang versé par les martyrs du mouvement national et syndical, est désormais poussée vers l’affaiblissement et la paralysie. Cela s’inscrit dans un contexte de lutte de classes manifeste, où l’impérialisme mondial et ses relais locaux cherchent à soumettre le mouvement syndical et à briser la volonté des travailleurs. Cette offensive met à nu la véritable nature du capitalisme impérialiste : exploiter les ressources et la force de travail afin d’accroître les profits d’une oligarchie financière mondiale, au détriment des masses populaires.
Il ne s’agit pas d’un épisode isolé, mais de la continuité d’un long processus visant à neutraliser, voire à domestiquer le syndicat indépendant. Dès les débuts du mouvement ouvrier en Tunisie, les puissances coloniales ont cherché à éliminer ses dirigeants les plus combatifs : le syndicaliste Mohamed Ali El Hammi a été contraint à l’exil, et le leader national et syndical Farhat Hached a été assassiné, dans le but de briser la volonté des travailleurs et d’empêcher l’émergence d’une force syndicale nationale capable de résister à la colonisation et à l’exploitation. Cette mémoire militante rappelle que seule l’organisation indépendante et unie de la classe ouvrière peut faire face aux forces réactionnaires et impérialistes.
Par la suite, le régime de Ben Ali est parvenu, pour un temps, à domestiquer l’Union en y installant une direction bureaucratique totalement inféodée au pouvoir, qui a promu les politiques de « paix sociale » et de « consensus de classe », afin de neutraliser la lutte ouvrière et de transformer le syndicat en simple relais du pouvoir.
Après le soulèvement de 2011, le conflit autour de l’Union s’est poursuivi, différentes forces réactionnaires tentant de l’instrumentaliser au service de leurs projets politiques. Aujourd’hui, ces tentatives se prolongent sous la forme d’une nouvelle offensive menée par le pouvoir depuis le 25 juillet 2021, visant à soumettre l’Union et à l’affaiblir en profondeur, afin d’imposer des politiques économiques et sociales défavorables au peuple : remboursement de la dette auprès des institutions financières internationales, suppression des subventions, privatisations, cession d’entreprises publiques, libéralisation des prix et réduction de la masse salariale.
De telles politiques ne peuvent être mises en œuvre qu’au prix de l’affaiblissement du mouvement syndical et du silence imposé aux travailleurs. Pourtant, un mouvement ouvrier indépendant, structuré et déterminé reste en mesure de s’y opposer et de contester la domination des capitalistes, qu’ils soient locaux ou étrangers.
Toutefois, cette offensive n’aurait pas atteint un tel degré sans le rôle délétère de la bureaucratie syndicale, qui a progressivement pris le contrôle de l’Union et l’a transformée en instrument au service du pouvoir, au lieu de défendre les intérêts des travailleurs.
Aujourd’hui, cette bureaucratie est minée par les conflits d’intérêts et les privilèges personnels. Elle est impliquée dans des affaires de corruption, a affaibli la démocratie interne et a réprimé les militants opposés aux dérives.
Le congrès lui-même demeure juridiquement contestable, ce qui le rend vulnérable aux pressions et limite sa capacité à s’opposer au pouvoir ou à défendre les travailleurs.
Sur le plan financier, le congrès a adopté un rapport reconnaissant implicitement une situation proche de la faillite, marquée par un endettement important, sans qu’un audit sérieux ni une réelle transparence ne soient assurés, et sans clarification sur l’utilisation des fonds ou les responsabilités engagées.
Les travaux du congrès se sont achevés comme ils avaient commencé : dans la fermeture, l’exclusion et les restrictions, allant jusqu’à empêcher certains militants d’accéder au lieu de la réunion, une image symbolique d’une période où les voix libres sont marginalisées au profit des logiques de loyauté et d’opportunisme.
Malgré cela, des formes de résistance interne, portées par des courants syndicaux démocratiques et d’autres voix libres, montrent que l’espoir demeure.
La défense de l’Union ne saurait passer ni par l’adhésion à la bureaucratie syndicale, ni par l’alignement sur les luttes de pouvoir entre forces réactionnaires, mais par sa reconquête par ses bases et par les militants syndicaux authentiques. Cette lutte dépasse le cadre syndical : elle s’inscrit dans un affrontement de classe contre l’exploitation capitaliste et ses prolongements impérialistes.
L’enjeu aujourd’hui est de défendre l’organisation de la classe ouvrière et son rôle de lutte face aux politiques d’appauvrissement, de précarisation et de dépendance. L’Union n’a pas été conçue comme un appendice du pouvoir, mais comme un instrument de combat entre les mains des travailleurs. Sa défense s’inscrit dans un combat populaire plus large : celui de la libération nationale et sociale, et de la construction d’une société sans exploitation ni oppression, fondée sur l’égalité, la justice sociale et le contrôle populaire des moyens de production.
Soit une Union combative et authentique, capable de conduire les travailleurs vers une société plus juste, soit un appareil vidé de sa substance et utilisé contre eux. L’histoire n’attend pas, et la lutte des classes se poursuit.

K. S militant syndicaliste UGTT