Le plus important est d’encourager l’investissement « national », nous enseigne Abdelouahab Rahim

samedi 9 janvier 2016
par  Alger républicain

Quel est donc ce brave homme qui se soucie tant de l’économie nationale ? Il est le président-directeur général (PDG) de ce que l’on appelle aujourd’hui pudiquement « groupe ». C’est-à-dire une grosse entreprise capitaliste dont les revenus proviennent essentiellement de spéculations commerciales. Rappelons, avant de l’oublier, qu’il est également président de l’Union nationale des investisseurs, c’est dire qu’il ne manque pas de style dans l’exposé de ses idées innovantes. Le secteur privé est créateur d’emplois et de richesses, vient-il d’affirmer. De quelles richesses veut-il parler ? Bien entendu, seulement des siennes, de celles de son groupe et de sa classe, cette bourgeoisie avide de gros sous, qui connait parfois quelques frictions pour cause de concurrence. Mais, entre gens bien élevés, on finit toujours par s’entendre. Ce n’est pas comme avec les travailleurs qui pour un rien cessent le travail. Ce capitaliste voit même les choses en grand, le plus grand possible à l’instar des géants internationaux du commerce de distribution. N’envisage-t-il pas de multiplier par trois la surface de son hypermarché des Pins maritimes, autrement dit de la porter à 120 000 m2. Une bagatelle !

Et, comme ses ambitions ne se limitent pas à si peu de choses, après Oran dont son hypermarché Ardis sera inauguré en avril prochain, il aimerait bien implanter davantage « d’infrastructures », pour « conquérir » notamment les wilayas de Tizi-Ouzou, Ghardaïa, Ouargla, Biskra et encore bien d’autres régions. Comme il est un homme raisonnable, dans l’immédiat son projet est d’ouvrir rapidement, mais simplement, 19 hypermarchés à travers le pays. Ne croyez pas qu’il rêve, non pas ! Car ses désirs risquent fort de devenir réalité avec l’actuelle politique du pouvoir qui favorise le développement de cette classe bourgeoise au détriment de l’industrie nationale, seule capable de freiner sérieusement les importations.

Il faut quand même préciser que les problèmes de financement ne posent pas de réelles difficultés pour lui. Ainsi, l’une de ses filiales, Dahli Spa, avait lancé en 2009 un emprunt obligataire grand public pour un montant de 8,3 milliards de dinars. S’il n’a pas réussi à bénéficier de la totalité de cette somme, il a quand même réuni par ce procédé plus de deux milliards et demi de dinars !

Ah, le commerce, je vous jure, il n’y a que ça de vrai ! N’allons pas perdre de temps à soulever les questions de développement industriel et autres balivernes de même acabit. N’est-il pas tellement plus facile et, ajoutons rentable de façon immédiate, d’importer de l’étranger des marchandises ? Ce brave homme, Abdelouahab Rahim, en qualité de grand patriote, a un vocabulaire qu’il veut plus précis pour évoquer ses projets, il les appelle « malls », ses grands projets. La langue Shakespeare - ou états-unienne – serait plus accessible aux Algériens. Ses « boutiques » seraient plus alléchantes avec ce côté exotique. À ses yeux, il s’agit là seulement de « développer des infrastructures » … Tout comme les deux tours d’hôtel et la marina (Alger médina) dont les travaux ont déjà commencé, lance-t-il avec fierté, content de lui… et modeste.

Les masses laborieuses vont naturellement se précipiter vers sa marina ou elles pourront disposer d’un point d’amarrage pour leurs belles embarcations. D’où l’on voit qu’il partage les mêmes soucis, les mêmes plaisirs que les travailleurs ! Ce n’est pas extraordinaire, ça ? Ah, ces bons bourgeois toujours là pour satisfaire les besoins des laborieux !

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Malik Antar

08.01.15


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