Manifestation du 1er mai à Béjaïa : expression mémorable de la montée d’un mouvement social organisé qu’aucun interdit ne pourra étouffer

dimanche 11 juin 2017
par  Alger républicain

Comme à chaque 1er mai, journée internationale de luttes de la classe ouvrière, le régime empêche depuis 25 ans les travailleurs de manifester dans les rues au prétexte de la lutte contre le danger terroriste. Dans la capitale aucune manifestation échappant au contrôle du pouvoir n’est tolérée. L’UGTA, son syndicat maison, ne se risque pas à sortir dans la rue de peur d’être « débordée ». Ses responsables s’ingénient chaque année à la célébrer en vase clos dans de petites villes reculées, aussi loin que possible du bruissement des voix prolétariennes, juste pour dire qu’ils n’ont pas dérogé à la « tradition ».

Depuis un temps quelques syndicalistes de la centrale se sont décidés à commémorer l’événement. Non dans la rue mais sur l’esplanade, maintenant clôturée, de la Maison du peuple. L’un d’entre leur déclame un petit discours de circonstance. Puis les permanents syndicaux, spécialisés dans l’art d’étouffer les grèves au nom du « Pacte social », se séparent, sourires affichés pour avoir accompli le « service minimum ».

A Oran, une tentative de rassemblement de syndicalistes hors UGTA a été étouffée dans l’œuf. Un important dispositif policier a été déployé comme pour disperser de dangereux fauteurs de troubles à l’ordre public.

Mais l’honneur des travailleurs a été sauvé cette année à Béjaïa. Dans cette ville, le pouvoir ne peut interdire les marches et les manifestations de rues sans se heurter à une forte résistance. A l’appel de l’intersyndicale qui regroupe une dizaine de syndicats autonomes, des milliers de travailleurs ont marché pour dénoncer la politique de paupérisation du pouvoir. Beaucoup d’entre eux étaient venus de loin pour clamer leur unité et leur solidarité.

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Manifestation du 1er Mai 2017 à Béjaïa
D.R

« Du stade de l’Unité maghrébine jusqu’à la place de la Liberté « Said-Mekbel », une procession de travailleuses et de travailleurs ont scandé haut et fort des slogans contre la politique des pouvoirs publics. Du Code du travail, élaboré sans leur consultation jusqu’aux libertés syndicales menacées en passant par la retraite anticipée, les conditions de travail et la sauvegarde du secteur économique, l’intersyndicale n’a rien lâché. L’action s’est voulue une manière de revendiquer « le gel de la nouvelle loi sur la retraite, dénoncer la cherté de la vie et demander l’implication des syndicats autonomes dans l’élaboration de la future loi sur le travail »

(L’Expression du 2 mai).

Les représentants des syndicats autonomes ont pris la parole pour fustiger la politique antipopulaire du régime.

Le 1er mai à Bejaïa fut la démonstration de l’existence d’un potentiel montant qu’aucun interdit ne pourra longtemps étouffer.

R.N.


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