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Henri Alleg : l’Algérie choisie, l’engagement d’une vie (1ere Partie)
Un homme venu d’ailleurs qui fit de la cause algérienne son propre combat
lundi 20 juillet 2026, par
Henri Alleg n’était pas né en Algérie. Pourtant, peu de parcours illustrent avec autant de force la possibilité pour un homme de faire d’un pays qui n’était pas celui de sa naissance la terre de ses combats, de ses espérances et de ses engagements. Son histoire est celle d’un homme qui, arrivé en Algérie presque par hasard, a découvert une réalité qui allait bouleverser toute son existence et l’amener à partager le destin d’un peuple en lutte pour sa liberté.
Né Harry Salem en 1921 à Londres, dans une famille d’origine juive russo-polonaise, Henri Alleg arrive en Algérie en 1939, alors qu’il est encore un jeune homme. Il vient d’Europe avec l’idée de découvrir un pays dont l’image, façonnée par la propagande coloniale, était celle d’une France généreuse apportant le progrès et la civilisation à ses colonies.
Mais le contact avec la réalité algérienne va rapidement dissiper ces illusions. Dès son arrivée, il découvre un pays profondément marqué par les inégalités. Il observe la misère dans laquelle vivent de nombreux Algériens, les discriminations quotidiennes, l’absence de droits politiques et sociaux, ainsi que la séparation entre une minorité européenne bénéficiant de privilèges et une majorité autochtone maintenue dans une situation d’infériorité.
Cette découverte est pour lui un véritable bouleversement. Le jeune homme comprend que derrière les discours officiels se cache un système fondé sur la domination et l’injustice. Il ne peut accepter de rester un simple spectateur. La question coloniale devient pour lui une question humaine fondamentale : celle du droit d’un peuple à vivre libre et digne.
Dans l’Algérie des années 1940, il fait la rencontre de jeunes Algériens engagés dans les luttes politiques et sociales. Ces échanges lui permettent de mieux comprendre les aspirations profondes du peuple algérien. Il découvre une société traversée par une volonté croissante de mettre fin à l’ordre colonial et de construire un avenir fondé sur l’égalité.
Parmi ceux qu’il rencontre figurent des militants proches du mouvement national algérien. Ces contacts jouent un rôle important dans son évolution politique. Henri Alleg comprend que le problème algérien ne peut être réduit à une simple question administrative ou à quelques réformes : c’est un système entier de domination qu’il faut remettre en cause.
Il choisit alors de rejoindre le Parti communiste algérien, organisation engagée dans la lutte contre le colonialisme et dans la défense des travailleurs. À ses yeux, le combat pour l’indépendance nationale et celui pour la justice sociale sont inséparables. Son engagement communiste est profondément lié à son refus de toutes les formes d’exploitation et d’oppression.
Dans une Algérie coloniale où toute contestation était sévèrement réprimée, militer représentait un engagement dangereux. Les militants étaient surveillés, arrêtés et poursuivis. Henri Alleg accepte pourtant pleinement les risques liés à son choix. Il devient un acteur de ces luttes où se côtoient Algériens et Français progressistes partageant la même volonté de changement.
Son nom reste également attaché à l’histoire d’Alger républicain, journal qui allait devenir l’une des grandes voix progressistes de l’Algérie coloniale.
Au sein de cette rédaction, Henri Alleg considère le journalisme comme un instrument de lutte et d’émancipation. Le quotidien ne se contente pas de relater les événements : il donne la parole aux travailleurs, aux paysans, aux syndicalistes, aux victimes des injustices et à tous ceux que le système colonial cherche à maintenir dans le silence.
À travers ses articles, Alger républicain dénonce les abus de l’administration coloniale, les inégalités sociales et le racisme institutionnel. Le journal défend l’idée d’une Algérie où tous les habitants pourraient vivre dans l’égalité et la dignité.
Cette orientation lui vaut l’hostilité constante des autorités coloniales. Saisi à plusieurs reprises, frappé par la censure, le journal est finalement interdit en 1955. Mais ses militants poursuivent leur combat malgré la répression.
Lorsque commence la guerre de libération nationale, Henri Alleg devient l’une des figures recherchées par les services coloniaux. Il continue pourtant son activité clandestine et refuse de renoncer à son engagement.
En juin 1957, il est arrêté au domicile de Maurice Audin, son camarade militant communiste arrêté la veille et disparu après avoir été torturé. Livré aux parachutistes français pendant la bataille d’Alger, Henri Alleg subit à son tour les méthodes de torture utilisées contre les militants indépendantistes et leurs soutiens.
Cette épreuve ne le réduit pas au silence. Au contraire, il décide de témoigner. Il veut faire connaître ce que subissent les hommes et les femmes arrêtés par les forces coloniales et révéler une réalité que les autorités françaises cherchent à dissimuler.
Son livre La Question, publié en 1958, devient un témoignage majeur sur la torture pendant la guerre d’Algérie. L’ouvrage, interdit en France mais diffusé malgré la censure, provoque un immense retentissement. Il contribue à briser le silence autour des pratiques de répression et participe à la mobilisation de nombreuses consciences en France et dans le monde.
À travers son témoignage, Henri Alleg ne parle pas seulement de son propre supplice. Il porte la voix de tous ceux qui ont subi la violence coloniale et rappelle que la vérité constitue une arme essentielle dans le combat pour la justice.
Après l’indépendance de l’Algérie en 1962, Henri Alleg revient dans un pays auquel il a consacré les années les plus importantes de sa vie. Avec ses camarades, il participe à la renaissance d’Alger républicain. Le journal retrouve alors son rôle de défenseur des travailleurs et des couches populaires.
Mais l’Algérie indépendante connaît rapidement de profondes tensions politiques. Après le coup d’État du 19 juin 1965, Alger républicain est suspendu et une répression frappe les communistes algériens.
Henri Alleg quitte alors l’Algérie dans des circonstances particulières. Ce départ n’est pas une fuite personnelle ni un abandon du combat. Il répond à une décision de la direction du Parti communiste algérien qui lui confie une mission importante : représenter le mouvement à l’extérieur, informer les organisations progressistes internationales, organiser la solidarité avec les militants victimes de la répression et poursuivre le travail auprès des travailleurs algériens immigrés.
Il assume cette nouvelle responsabilité avec le même engagement que celui qui avait guidé toute sa vie militante.
Installé en France, il poursuit son activité de journaliste et de militant. Il rejoint le Parti communiste français avec l’accord de ses camarades algériens et continue à défendre les causes auxquelles il croit. Il travaille notamment à L’Humanité, tout en conservant son attachement à l’Algérie et aux luttes progressistes de son peuple.
Son activité ne se limite pas au journalisme. Henri Alleg devient également un écrivain engagé. À travers ses ouvrages, il analyse le colonialisme, les guerres impérialistes, les transformations du monde contemporain et les expériences socialistes. Il cherche constamment à transmettre son expérience aux nouvelles générations.
Après la victoire de là contre révolution en Union soviétique, alors qu’une grande partie du mouvement communiste international connaît une profonde crise, Henri Alleg ne renie pas ses convictions. Il considère qu’il faut tirer les leçons des erreurs historiques sans abandonner la lutte contre l’exploitation et les injustices sociales.
Il poursuit alors son combat pour défendre ses idéaux, dénoncer les conséquences du capitalisme et soutenir les militants progressistes victimes de répression dans différents pays.
Jusqu’à ses dernières années, Henri Alleg demeure fidèle à une conviction fondamentale : aucun peuple ne doit être soumis à la domination, à l’exploitation ou à l’humiliation. Son engagement dépasse les frontières nationales. Il appartient à l’histoire de l’Algérie, mais aussi à celle de tous ceux qui ont lutté contre le colonialisme et pour la dignité humaine.
Henri Alleg restera dans la mémoire collective comme cet homme venu d’ailleurs qui a choisi l’Algérie, qui a partagé les souffrances de son peuple et qui a consacré toute son existence à défendre les opprimés.
Son parcours rappelle qu’un engagement sincère peut transformer une vie entière et qu’une cause juste peut devenir le destin d’un homme.
Collectif Alger républicain
Alger républicain